Collision Collusion Collision Collusion | Page 76

vieux pays natal, qui ne rentre dans aucune classification tant il a anéanti les limites entre le cinéma documentaire et le cinéma de fiction, ne fait que ramener à ce qu’ il était pourtant parti fuir, l ' idée de la mort. Et nous le constaterons plus tard dans le développement mais cet état mortuaire est capital pour comprendre le fonctionnement de ces espaces.
10 page 293 de Comolli Jean-Louis,
Voir et Pouvoir- L’ innocence perdue: cinéma, télévision, fiction, documentaire,
2004
* Légende allemande du Joueur de Flûte de Hamelin, dont la musique était tellement ensorcelante que tous ceux qui l’ entendaient ne pouvaient s’ empêcher de la suive. Il débarrasse ainsi les habitants des rats qui ont infesté la ville en les précipitant dans un fleuve. Mais les habitants d’ Hamelin oublie de récompenser le joueur de flûte pour son service et par vengeance, il ensorcelle tous les enfants de la ville qui le suivent et disparaissent à tout jamais.
C ' est Jean-Louis Comolli qui a écrit à mon sens le texte le plus beau et le plus interessant vis à vis de mes questions personnelles sur ce film d ' Arnaud des Pallière. 10 Il parle de « rêve éveillé », il est « entré dans ce film comme un fantôme traverse les murs » et « avance dans ce film à tatons, comme celui qui ne sait encore ni voir exactement ni marcher, qui ne peut qu ' entendre et toucher. » C ' est en effet cette sensation que l ' on ressent au visionnage de Disneyland, mon vieux pays natal. C ' est cette expérience que fait d ' ailleurs Arnaud Des Pallières à Disneyland. Le réalisateur se met lui-même en scène en venant passer une journée à Disneyland Paris. Dès le début du film il est question de disparition. Les millions de visiteurs de Disneyland Paris( dont Arnaud Des Pallières fait alors partie) pourraient être les enfants ou bien les rats du conte allemand du Joueur de Flûte d’ Hamelin *? « Les enfants avaient-il été puni pour la faute de leur parent ou connaissaient-ils au contraire un bonheur désormais sans limite dans un monde enfin débarrassé des adultes à jouer et à danser au son d’ une musique merveilleuse? » C’ est depuis le RER qui sert de liaison que le conteur pose cette question, ensorcelé par la musique de Disneyland, comme probablement toutes les autres personnes. Le son direct a été enlevé empéchant ainsi le recours au naturalisme. Reste la voix du conteur, Arnaud des Pallières. L ' omniprésence de la narration rythme le film avec des références à Wells, Kipling, Benjamin et Kafka. La disparition est présente dans chaque récit, qu’ il s’ agisse de la petite fille de la grande Parade qui a perdu la vue, le veuf à qui Arnaud des Pallières raconte une histoire de Kipling pour le consoler du décès de sa femme mais dont l’ histoire comporte elle-même la disparition d’ une autre femme... Mais elle est également
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