Code South Way | Seite 26

Intuitive et spontanée, Jeanne Moynot attrape des moments fugaces pour laisser sortir ces choses inavouées. Le cafouillage est salvateur et jouissif. Usant d’ une photographie familiale, agrandie en poster, sur laquelle elle pose avec son père et sa grand-mère, elle y inscrit un texte tel un tag qui défigure l’ image initiale et contribue à mettre en péril l’ idée de famille formidable. Cette écriture salissante, incisive et acerbe tant dans sa forme que dans le fond, révèle ses humeurs, entre tristesse et drôlerie. À l’ image de sa pièce Klug qui célèbre le malaise et l’ asphyxie au sein de la cellule familiale, Jeanne Moynot manipule « avec brio » des symboles inhérents aux traditions dont celui de la fameuse bûche aux marrons de Noël qui vire au chaos scatologique. Aussi, avec sa sculpture monumentale I don’ t give a fuck to the second world war, Jeanne Moynot dévoile les mots d’ une éventuelle posture « je-m’ enfoutiste » vis-à-vis de la grande Histoire. Telle une bourde ou un lapsus, les mots précédent la réflexion. Arrogante ou insouciante?
Bien au contraire, Jeanne Moynot est au plus près de la vérité, en disant ce que nous ne voulons pas voir, entendre, regarder ou concevoir. Sous forme de contrepoint visuel paradoxalement « Peace and Love » avec une écriture dégoulinante-marshmallow et pop, cette sculpture verbale oscille entre la caresse et la gifle données aux préjugés. Poursuivant avec une esthétique tant édulcorée que creepy punk, Jeanne Moynot élabore, depuis plusieurs mois, un spectacle intitulé Frightenight en collaboration avec Anne- Sophie Turion, artiste basée à Marseille. Nous rappelant qu’ il faut savoir rire de soimême, Jeanne Moynot, férocement douce et sauvage, ne cessera de scander sa révolte pour « danser sa vie ».
Marianne Derrien est commissaire d’ exposition indépendante et critique d’ art.
P O U B E L L E
L A
V I E
Jeanne Moynot, POUBELLE LA VIE, 2015. Dans le cadre de la Nuit du Voyage à Nantes, Galerie de l’ École nationale supérieure d’ architecture de Nantes, 120 minutes. © photo Pierre Demin
Fresques et frasques personnelles de Jeanne Moynot par Marianne Derrien
SOUTH
26