Code South Way | Page 15

qu’une copie mécanique. Sons naturels, sons fabriqués par l’Homme, « non-son », l’artiste les catégorise en un « écho-système » hiérarchisé selon leurs provenances et leurs apparitions. O R A C U L A R / V E R N A C U L A R À rebours des œuvres sonores qui suggèrent des images mentales, Nasini cherche aussi à dégager des sons de certaines images. La traduction d’un médium à un autre est très littéralement appliquée dans Mediterranean Sonata, où des points sur la carte de la côte méditerranéenne deviennent des notes sur une partition, avec la part d’arbitraire que consent la traduction puis l’interprétation. Cette sonate résonne de mouvements cristallins et de chants envoûtants et transporte plus près des périls qu’encouraient Ulysse et ses marins que de ceux qui menacent les traversants d’aujourd’hui. Autodidacte, l’artiste a la spontanéité et l’approche décomplexée de la matière et des sujets qui lui autorisent autant un revival de motifs hippies décalés – les soleils stylisés de Sleepy Night ou un quadrupède pleurant à chaudes larmes dans Piango Rosa –, que le goût pour les tapisseries. Si les œuvres semblent le fruit de l’empirisme et du tâtonnement, d’un assemblage d’ingénieuses techniques de bric et de broc, elles sont toujours très soigneusement abouties. Si de simples planches de contreplaqué font office de table d’harmonie pour amplifier les vibrations des cordes, les chevalets sont en revanche placés au millimètre près. Les tapisseries sont patiemment tissées par l’artiste, dans une pratique qui réclame la même endurance et le même temps long que celle d’un instrument. ne grandissent pas à l’ombre). Ces partis pris de matériaux et d’agencements, très New Age, pourraient confiner au kitsch si certaines œuvres ne soutenaient aussi des propos éclairés sur des situations politiques ou sociales : Matteo Nasini sait faire « vibrer la corde sensible », celle qui aiguillonne les convictions et les prises de position. Centocordo a été pensée pour la baie de Bari, ville principale des Pouilles située sur la côte adriatique de l’Italie et point de passage pour le commerce avec le Moyen Orient. L’œuvre « répare » les velléités colonialistes passées de la ville et réconcilie les deux horizons dans un objet transitionnel : la lyre. Une première rangée de cordes est accordée à l’ordre des mélodies orientales tandis que la seconde est réglée sur les harmonies occidentales. La première lyre que forma Hermès fut offerte à son frère Apollon, maniant avec une même dextérité l’arc et la lyre. L’artiste, lui, offre une lyre à Bari pour la détourner de l’arc. Gage est donné que ses projets en cours sur les sons produits par le cerveau pendant le sommeil et les rêves – le bruit de l’inconscient en somme – donne là encore matière à voir l’insondable et à entendre l’invisible. Et qui sait ? Ces vagues de sons pourraient bien rendre la tortue échouée d’Hermès à la vie. Matteo Nasini est né en 1976. Il vit et travaille à Rome