qu’une copie mécanique. Sons naturels,
sons fabriqués par l’Homme, « non-son »,
l’artiste les catégorise en un « écho-système »
hiérarchisé selon leurs provenances et leurs
apparitions.
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À rebours des œuvres sonores qui
suggèrent des images mentales, Nasini
cherche aussi à dégager des sons de certaines
images. La traduction d’un médium à un
autre est très littéralement appliquée dans
Mediterranean Sonata, où des points sur la
carte de la côte méditerranéenne deviennent
des notes sur une partition, avec la part
d’arbitraire que consent la traduction
puis l’interprétation. Cette sonate résonne
de mouvements cristallins et de chants
envoûtants et transporte plus près des
périls qu’encouraient Ulysse et ses marins
que de ceux qui menacent les traversants
d’aujourd’hui.
Autodidacte, l’artiste a la spontanéité
et l’approche décomplexée de la matière et
des sujets qui lui autorisent autant un revival
de motifs hippies décalés – les soleils stylisés
de Sleepy Night ou un quadrupède pleurant
à chaudes larmes dans Piango Rosa –, que
le goût pour les tapisseries. Si les œuvres
semblent le fruit de l’empirisme et du
tâtonnement, d’un assemblage d’ingénieuses
techniques de bric et de broc, elles sont
toujours très soigneusement abouties. Si
de simples planches de contreplaqué font
office de table d’harmonie pour amplifier
les vibrations des cordes, les chevalets sont
en revanche placés au millimètre près. Les
tapisseries sont patiemment tissées par
l’artiste, dans une pratique qui réclame la
même endurance et le même temps long
que celle d’un instrument.
ne grandissent pas à l’ombre). Ces partis
pris de matériaux et d’agencements, très
New Age, pourraient confiner au kitsch
si certaines œuvres ne soutenaient aussi
des propos éclairés sur des situations
politiques ou sociales : Matteo Nasini sait
faire « vibrer la corde sensible », celle qui
aiguillonne les convictions et les prises de
position. Centocordo a été pensée pour la
baie de Bari, ville principale des Pouilles
située sur la côte adriatique de l’Italie et
point de passage pour le commerce avec
le Moyen Orient. L’œuvre « répare » les
velléités colonialistes passées de la ville
et réconcilie les deux horizons dans un
objet transitionnel : la lyre. Une première
rangée de cordes est accordée à l’ordre des
mélodies orientales tandis que la seconde
est réglée sur les harmonies occidentales.
La première lyre que forma Hermès fut
offerte à son frère Apollon, maniant avec
une même dextérité l’arc et la lyre. L’artiste,
lui, offre une lyre à Bari pour la détourner
de l’arc.
Gage est donné que ses projets en
cours sur les sons produits par le cerveau
pendant le sommeil et les rêves – le bruit de
l’inconscient en somme – donne là encore
matière à voir l’insondable et à entendre
l’invisible. Et qui sait ? Ces vagues de sons
pourraient bien rendre la tortue échouée
d’Hermès à la vie.
Matteo Nasini est né en 1976.
Il vit et travaille à Rome