De plus en plus d’ obligations bien-être s’ invitent sur nos to-do lists. Et ce qui devrait nous apaiser finit souvent par nous angoisser … Paradoxal, dites-vous? |
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Happiness at any price • More and more wellbeing-related tasks are finding their way onto our to-do lists. The things that should be bringing us peace often end up making us more anxious... A most ingenious paradox, you might say! |
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Pendant longtemps, « réussir » signifiait cocher quelques cases toutes faites: couple, maison, enfants, job stable. Désormais, cela ne suffit plus: il faut aussi être heureux et bien dans sa peau – sans oublier de le montrer( coucou, les réseaux sociaux). En témoigne le succès des athlètes de la morning routine, qui jurent qu’ elle rend à la fois zen et ultra-performant. Rien que ça. Face à ce nouveau Graal, nous voilà tentés de rejoindre le mouvement … en nous levant à l’ aube pour enchaîner des rituels aussi stricts qu’ un entraînement militaire. Réveil à 4h( ou 5h, pour les amateurs de grasse mat’); séance de sport( ou salutations au soleil x 100); méditation d’ une heure( pas moins); affirmations positives; écriture dans un carnet de gratitude( en oubliant les simples phrases du style « j’ ai réussi à me garer dans Port-Louis hier »)… tout ça avant d’ avaler un petit déjeuner zéro pic de glycémie et d’ entamer sa journée de travail. Manquer une étape? Trouver tout cela trop fatiguant? Malheur à vous: c’ est que vous ne savez pas gérer votre énergie.
Hashtag perfection
Le bien-être représente aujourd’ hui un marché colossal, des applications aux livres de développement personnel en passant par une myriade d’ influenceurs au sourire éclatant. Ce n’ est donc plus seulement votre médecin qui vous conseille de ralentir le sucre et de vous mettre à la course à pied, mais la société toute entière – à commencer par votre feed Instagram, qui finit par regorger de smoothies verts, de mantras et de corps gainés. Une nouvelle norme sociale s’ installe: celle du bonheur obligatoire, où il ne s’ agit plus tant de vouloir se sentir bien que de le prouver, à grands coups de posts respirant la positivité.
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Prendre soin de soi n’ a évidemment rien de condamnable. Le souci, c’ est quand cela se transforme en performance – jusqu’ à devenir une façon d’ augmenter( encore plus!) sa productivité –, voire en spectacle. Manger sain, faire du sport, méditer en pleine conscience: tous ces petits gestes( pourtant si bénéfiques) sont alors brandis comme autant de preuves d’ une vie réussie. Mais à force de viser la perfection, on culpabilise, on se compare, on se fixe des objectifs inatteignables … et la quête du bien-être finit par ressembler à une compétition permanente. Se stresser pour se sentir mieux dans ses baskets: cherchez l’ erreur...
Le bonheur ne devrait pas être un objectif à atteindre coûte que coûte, mais une expérience personnelle, voire discrète – sans hashtags, ni filtres. Même si cela veut dire paresser au lit jusqu’ à 9h( ça reste entre nous), troquer le sacro-saint matcha pour un café un peu trop fort, faire une marche sans bracelet connecté, et ne rien poster du tout sur les réseaux. Pour enfin retrouver une liberté simple: celle de s’ écouter, sans avoir à prouver quoi que ce soit, à qui que ce soit.
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Le bonheur ne devrait pas être un objectif à atteindre |
Aparté |
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