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Esprits Nomades

La Marsa

Un Lieu de villégiature privilégié

Le climat de la Marsa conjugué aux paysages de falaises rocheuses , forêts de pins et orangeraies font vite de la région un lieu prisé des dignitaires , savants , bourgeois et artistes qui suivent la famille régnante . Dès le début du 19e siècle , les beys de Tunis y font ériger de nombreux palais .

Beys , citadins tunisois et diplomates y élisent domicile

De mai à septembre les hauts dignitaires du pays , y résident : Mohammed Bey fait construire Dar El Tej vers 1855 , avant que son successeur n ’ entame la construction d ’ un pavillon dominant la plage , Koubet El Haoua , destiné à dissimuler les baignades de la famille régnante . De même , sous le règne de Naceur Bey , est construit le palais Essaâda à l ’ intention de son épouse Lalla Kmar qui épousa trois beys successifs . D ’ autres princes se font construire des palais dans plusieurs endroits de la ville en plus des résidences offertes aux familles alliées telles que Dar El Kamila . La Marsa est alors habitée par des agriculteurs et recherchée par les notables citadins tunisois . La localité connaît alors un essor rapide au 19 e siècle et à l ’ aube du 20 e et quelques dignitaires et riches personnages choisissent la cité pour élever de luxueuses résidences de style arabo-musulman au milieu des vergers et jardins ou même pour acquérir des demeures de notables étrangers résidant en Tunisie . On peut citer à titre d ’ exemple le palais Bouattour qui devient Saniet Ben Achour , le Borj El Bahri , Saniet Zaouche et Saniet Bouhageb . Centre du pouvoir pendant une partie de l ’ année , la ville attire vite ambassades et consulats dans le centre ou le long de la côte en direction de Gammarth , certaines bénéficiant de demeures beylicales délaissées , comme les représentants français et britanniques .

Lieu résidentiel et de villégiature réputés

La période la plus déterminante pour la Marsa semble cependant avoir été celle d ’ Ali Bey ( 1882-1902 ) qui choisit de résider en permanence dans le palais construit par Mhamed Pacha Bey ( 1855-1859 ) appelé Dar Et-Taj ( palais de la Couronne ). On voyait alors se développer petit à petit , à l ’ ombre du nouveau palais beylical une petite cité avec caserne , écurie , souk , mosquée , four à pain , fondouks , cafés … Qui finit par supplanter , au lendemain du Protectorat français , le Bardo abandonné en 1882 en tant que résidence officielle de la monarchie husseinite . De nombreuses résidences princières et consulaires vinrent alors s ’ y greffer suivies , dès le début du 20 e siècle par de belles demeures habitées par des notables et hauts fonctionnaires locaux et quelques étrangers , faisant ainsi de la nouvelle cité un haut lieu résidentiel et de villégiature encore appréciés de nos jours . Pour la petite anecdote , c ’ est dans cette ville que sont signées le 8 juin 1883 les conventions de La Marsa qui renforcent le contrôle des autorités françaises sur le jeune protectorat . Elle est érigée en municipalité en 1912 .

Région touristique et vie culturelle animée

Comme rappelé précédemment , la Marsa est réputée pour abriter la résidence de plusieurs ambassadeurs et autres institutions telles que le lycée français Gustave-Flaubert , l ’ IPEST ( Institut préparatoire aux études scientifiques et techniques ) et l ’ EPT ( École polytechnique de Tunisie ). La Marsa abrite ainsi des galeries d ’ art telles que Driba , Mille Feuilles , Espace Sadika ou Saf-Saf , deux salles de cinéma , une bibliothèque publique fréquentée par les étudiants et les candidats au baccalauréat et le casino-restaurant Koubet El Haoua . Sur le plan religieux , elle abrite la synagogue Keren Yéchoua fondée en 1927 et qui continue d ’ accueillir le culte durant l ’ été , ainsi que la mosquée El Ahmadi . Le palais Es-Saada édifié dans un grand parc , aujourd ’ hui siège de la municipalité constitue lui aussi , de par son architecture et surtout de par l ’ histoire de celle pour laquelle il a été construit , une autre curiosité . Il était offert en 1908 par Naceur Bey à la Princesse d ’ origine circassienne , Lella Kmar dont il était le troisième époux après deux mariages avec deux Beys successifs : Sadok Bey dont il fit l ’ acquisition , mort en 1882 suivi par Ali Bey en 1908 . Après l ’ élection d ’ Habib Bourguiba en tant que premier président de la République tunisienne le 25 juillet 1957 , il le choisit pour y habiter le temps que soit construit le palais présidentiel de Carthage . Il est alors transformé en palais d ’ hôtes avant d ’ être affecté à la Municipalité .

Le café Saf-Saf

Le point fort de l ’ économie marsoise réside dans le tourisme avec les zones voisines de Gammarth et Raoued et leurs ensembles résidentiels , hôtels , centres de thalassothérapie , restaurants et boîtes de nuit . Le quartier Saf-Saf , au cœur de Marsa Plage , est le haut-lieu d ’ animation de la ville et attire de nombreux Tunisois . Doté d ’ un puits public datant de l ’ époque des Hafsides et où les caravaniers venaient se rafraîchir et abreuver leurs bêtes , la café accueille durant les années 1950 et 1960 les peintres Yahia Turki , Jellal Ben Abdallah ou Noureddine Khayachi venus y peindre les atmosphères particulières du lieu . Dans les premières années de l ’ indépendance , Ali Riahi ou Safia Chamia viennent souvent y chanter et l ’ endroit fait même l ’ objet d ’ une chanson de Naâma intitulée « El Bir Wessafsaf Wennaoura ». Café populaire aujourd ’ hui encore , été comme hiver , jeunes et hommes d ’ un certain âge viennent quotidiennement s ’ y installer pour s ’ adonner à quelques parties d ’ échecs , de rami ou de belote . La Marsa est un lieu unique dans le paysage tunisien et certains lieux , certaines bâtisses empreintes d ’ histoire mériteraient largement d ’ être inscrits au patrimoine de l ’ Unesco . Ceci permettrait alors de préserver cette localité de certains prometteurs immobiliers véreux qui continuent à grignoter des espaces qui sont autant de témoignages d ’ un passé riche et passionnant pour les remplacer par des bâtisses froides , vides et sans âmes .
Waley Eddine Messaoudi
LASULTANEMAG . COM
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E NUMÉRO # 66