18 compagnons [ voyage ]
la manière dont une entreprise tourne , les attentes d ’ un patron , etc . J ’ aime cerner la demande d ’ un client en vue de la conception , puis gérer un projet . Grâce à ce poste au Québec , j ’ ai compris ce que je voulais faire . Actuellement , je me partage entre le bureau d ’ études et l ’ atelier , dans la continuité de mon poste québécois .
Tout m ’ a plu chez Harkins . La seule chose qui m ’ a fait tiquer au début , ce sont leurs machines beaucoup moins modernes que celles auxquelles je suis habitué en France . Les Canadiens me semblent moins consommateurs que les patrons français ; ils privilégient l ’ entretien . En France , les entreprises de menuiserie sont si nombreuses qu ’ elles doivent avoir le matériel le plus efficace pour se démarquer . Les Canadiens semblent ne pas avoir cette problématique .
La vie professionnelle québécoise a , selon moi , ses spécificités . Ils pensent , par exemple , beaucoup à la santé mentale de leurs salariés . Arriver en retard en France au travail peut provoquer un drame , alors que les Québécois ne s ’ en formalisent pas . Il règne chez Harkins , une grosse entreprise avec presque 50 salariés , une ambiance familiale chaleureuse . Nous prenions les pauses tous ensemble et , chaque vendredi , tout le monde mangeait au petit restaurant d ’ à côté ; on discutait avec les collègues des bureaux , ce qui n ’ arrive jamais en France . Les Québécois sont vraiment très gentils et valorisent leurs comparses dès que possible . Leur réputation n ’ est pas usurpée !
La table et son luminaire le jour de la correction .
D ’ EXCELLENTES CONDITIONS POUR TAILLER LA RÉCEPTION Ma décision de tailler la Réception sur place avait été mûrement réfléchie . Je souhaitais absolument le faire à l ’ étranger pour faire connaître , grâce à la création d ’ une pièce , le compagnonnage et le savoir-faire français . Dès mon arrivée au Canada , j ’ ai postulé auprès des anciens . Désireux de faire quelque chose d ’ utile et de remercier la famille Harkins pour son accueil , je leur ai ainsi proposé une grande pièce pour leurs bureaux nouvellement agrandis . David , le patron d ’ Harkins , avait compris ce qu ’ était la Réception grâce à Breton , qui avait réalisé un canoé sur place . Il m ’ a demandé une belle table design pour présenter leurs plans aux clients . Amélie , sa sœur , qui est designer pour l ’ entreprise , m ’ a aidé à améliorer mes dessins . Elle m ’ a aussi fixé des contraintes en m ’ imposant des lignes fines et aucune courbe ! Une fois qu ’ elle a été convaincue par mes dessins et que les anciens ont validé l ’ esthétique ( l ’ arasé forme un compas et une équerre ), je me suis attelé à la concrétisation de la table en janvier , installé bien au chaud dans une salle de réunion réaménagée à mon intention .
Si j ’ avais déjà fait des arasés , réaliser un piètement dont tous les morceaux devaient s ’ assembler dans des tubes en inox était une première pour moi . Mais , la partie la plus complexe à mes yeux était le luminaire , cintré en plan en élévation , inspiré de l ’ avant des traîneaux de chiens . Quand je suis allé rencontrer des professionnels , ils m ’ ont dit que la méthode que j ’ avais retenue était inapplicable . Ma méconnaissance du lamellé-collé m ’ a poussé à me dépasser : un cintrage dans les deux sens avec un angle en sus était une réalisation inhabituelle . Amélie m ’ avait demandé , pour des raisons esthétiques , le même nombre de feuillets dans un sens et dans l ’ autre !
J ’ ai donc utilisé la technique du croche utilisée par les charpentiers ; en décembre , j ’ ai fait un premier lamellé-collé de noyer américain en élévation , que j ’ ai redéligné pour faire un second lamellé-collé en plan . C ’ était un défi technique , que j ’ ai surmonté grâce à de nombreux tests avec différentes colles . La meilleure méthode à mon sens
# 342 / Juillet - août 2024