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LE GESTE ARTISANAL, toujours vivant
Dans un monde où la robotisation et l’ intelligence artificielle bouleversent les repères, l’ artisanat continue de surprendre par sa capacité d’ adaptation. Lors du premier webinaire du groupe de travail du Devenir des métiers, l’ historien Cédric Perrin a retracé l’ histoire du geste manuel, révélant comment les artisans ont su traverser deux siècles de mutations sans jamais disparaître.
L e nouveau cycle du groupe Devenir des métiers des Compagnons du Devoir a ouvert ses réflexions par un webinaire le 8 octobre 2025 consacré à la place du geste dans un monde en mutation, auquel avaient été conviés les responsables des instituts de métier et les référents métiers bénévoles de l’ AOCDTF. Pour cette première rencontre, Cédric Perrin, historien et chercheur associé à l’ université d’ Évry, a partagé une analyse approfondie de l’ évolution des métiers manuels et de l’ artisanat, depuis la révolution industrielle jusqu’ aux défis contemporains de la robotisation et de l’ intelligence artificielle.
LA NAISSANCE DE L’ ARTISANAT MODERNE Le terme artisan apparaît au xiv e siècle, issu de l’ italien artigiano, qui signifie « homme de l’ art ». Mais son sens actuel se construit au xix e siècle, avec la révolution industrielle. À cette époque, l’ artisan se distingue progressivement de l’ ouvrier, occupant une position intermédiaire entre l’ ouvrier salarié et le patron d’ industrie. La notion d’« artisanat » est encore plus récente. Elle ne s’ impose en France qu’ au début des années 1920, avec la création des chambres de métiers, une singularité française qui n’ a pas d’ équivalent dans le monde anglo-saxon.
Depuis deux siècles, l’ artisanat est régulièrement présenté comme condamné par l’ industrialisation.
Pourtant, les chiffres racontent une autre histoire. Loin de disparaître, il a résisté et même prospéré. Au début du xx e siècle, la France comptait environ 800 000 artisans. Un siècle plus tard, ce chiffre reste stable, avant de connaître une forte croissance au xxi e siècle, porté par l’ essor des microentreprises et des reconversions professionnelles. Aujourd’ hui, un actif sur dix travaille dans l’ artisanat.
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LES RAISONS D’ UNE ÉTONNANTE STABILITÉ Cette permanence s’ explique par plusieurs facteurs. Les métiers eux-mêmes ont évolué. Certains secteurs ont décliné, comme le textile ou le cuir, mais d’ autres ont émergé, notamment la réparation mécanique et automobile. Le bâtiment et l’ alimentation sont restés des piliers solides. Les artisans ont également changé de statut. Alors qu’ ils travaillaient souvent seuls au milieu du xx e siècle, ils sont devenus des entrepreneurs à part entière, employant des salariés et adoptant des pratiques de gestion, d’ investissement et de modernisation. Enfin, ils ont su intégrer les évolutions techniques. Loin de rester figés dans leurs pratiques, ils ont modernisé leurs ateliers et adopté des machines et de nouveaux outils pour demeurer compétitifs.
# 359 / Juillet- août 2026