12 compagnons [ réussite ]
Remise des attestations de formation aux participants à l’ issue de la session de forge.
des actions menées par les Compagnons du Devoir, Expertise France a exprimé sa volonté de poursuivre cette collaboration autour de nouveaux projets de transmission des savoir-faire.
De nouvelles perspectives à l’ international semblent se développer. Le projet mené au Bénin a connu un franc succès, ce qui a incité Expertise France à solliciter à nouveau les Compagnons du Devoir pour le déploiement d’ une action semblable aux Comores, centrée sur la formation des artisans et de la jeunesse, futurs bâtisseurs du territoire. Une première rencontre s’ est tenue à Paris en présence d’ Expertise France, de l’ ambassadeur des Comores auprès de l’ UNESCO ainsi que d’ un attaché de coopération français, posant les bases de cette collaboration à venir. Une mission d’ étude est d’ ores et déjà envisagée pour le mois de juillet 2026.
Par ailleurs, l’ écho du chantier béninois dépasse ce cadre: Expertise France Cameroun a également manifesté son intérêt pour un accompagnement autour du chaume, preuve de l’ impact de cette coopération dans l’ ensemble du continent africain et auprès des institutions partenaires.
Cette dynamique collective illustre la force de la transmission des savoir-faire, porteuse d’ un avenir prometteur où artisans et territoires se construisent durablement main dans la main.
Dimitri Andriot L’ Humilité de Romain-sur-Meuse
Chargé de développement à l’ international et en outre-mer
Témoignage: le point de vue du formateur
Entre transmission des savoir-faire et découverte humaine, Thomas Monchy, Thomas le Breton, partage son expérience vécue auprès des artisans béninois.
« Ce qui m’ a motivé à accepter cette mission, c’ est avant tout le projet en lui-même, notamment sa dimension historique liée à la future rénovation des palais royaux d’ Abomey. Le fait que cela se déroule au Bénin, berceau du vaudou, a également éveillé ma curiosité. J’ ai toujours rêvé de pouvoir voyager grâce à mon métier et j’ ai vu dans cette opportunité une chance unique de partager ma passion pour la ferronnerie d’ art avec des artisans locaux. Par ailleurs, n’ ayant jamais été formateur auparavant, j’ y ai aussi vu une occasion de me dépasser et de grandir à travers une nouvelle expérience professionnelle.
Une mission entre transmission et découverte
À mon arrivée, Dimitri m’ a présenté aux différentes personnes avec lesquelles j’ allais collaborer tout au long du mois: l’ intendant du centre, le directeur, le Dah Zewanou Guézo— personnalité importante à Abomey, également serrurier-métallier— ainsi que Barthélemy, qui a été mon guide. Dès le premier lundi, j’ ai rencontré les apprenants, tous professionnels de la soudure et de la serrurerie-métallerie. Parmi eux, se trouvaient de jeunes maîtres soudeurs( chefs d’ atelier), des chefs d’ entreprise, ainsi que trois formateurs du CFPA. Âgés de 22 à 64 ans, ils parlaient tous français à des niveaux variés, mais faisaient preuve d’ une grande solidarité en s’ entraidant pour se comprendre. Bien qu’ ils n’ aient pratiqué la forge que très peu auparavant, ils ont rapidement assimilé les gestes et les techniques.
La formation s’ est déroulée sur quatre semaines. La première a été consacrée principalement à la théorie, faute de matériel complet: étude des outils, fonctionnement de la forge, dessin à main levée, tracé d’ épures et révision des bases de géométrie. En parallèle, nous avons fabriqué certains outils nécessaires, comme des forges et des tas creux. En fin de semaine, nous avons commencé la pratique avec des exercices de déformation du métal afin d’ acquérir les bons gestes et les bonnes postures.
Nous avons consacré la deuxième semaine à la fabrication d’ outils, notamment des pinces de forge, des pointeaux et des pointes à tracer, tout en poursuivant le travail sur les épures. La troisième semaine a marqué le début de la réalisation de grilles conçues en amont, destinées à être installées sur un bâtiment témoin inspiré des palais royaux et situé à proximité du CFPA. Tout au long de cette expérience, j’ ai été extrêmement bien accueilli par l’ ensemble des personnes rencontrées sur place.
Une expérience humaine au-delà de la formation
Je retiens avant tout que cette expérience a constitué une véritable interaction avec les apprenants, bien plus qu’ une simple transmission de savoir à sens unique. Malgré des moyens plus limités, ils font preuve d’ une grande ingéniosité et d’ une capacité d’ adaptation remarquable, ce qui m’ a beaucoup inspiré. Cette expérience m’ a également rappelé la chance que j’ ai d’ avoir bénéficié d’ une formation de qualité, qui me permet aujourd’ hui de vivre de mon métier et même de voyager. Enfin, je retiens que le voyage constitue une richesse inestimable et que le partage entre les cultures et les individus s’ avère indispensable pour construire un avenir meilleur. »
# 359 / Juillet- août 2026