260430 - Journal #358 web | Page 21

[ voyage ] compagnons 21
Fabrication de meuble à l’ atelier d’ Akiba.
Essai de distillation d’ un alcool de cacao. Arrêt selfie lors d’ une balade. de façon raisonnée sur place en évitant le gâchis. Tant pis si le bois n’ est pas rectiligne …
J’ ai dû apprendre à utiliser des essences de bois exotique que je n’ avais jamais manipulées auparavant, ce qui a été un vrai plaisir. En revanche, les machines sont beaucoup moins modernes qu’ en France: il faut raboter à la main, travailler avec des outils simples … C’ est un retour aux bases, à ce que j’ ai appris en première année.
Le travail se situe parfois entre le bricolage et la menuiserie. Beaucoup de nos réalisations seraient invendables en France: on fait du pratique, mais pas forcément du beau. Sur le plan purement technique, je n’ ai pas appris grand-chose de nouveau. Je n’ ai pas beaucoup à leur enseigner non plus, car le niveau de finition exigé en France n’ a aucun sens ici. Moi qui aime le travail du bois brut, massif, ce retour à l’ essentiel me fait du bien. Mais je dois avouer que je serai très heureux de retrouver des machines modernes en rentrant!
Côté dépaysement, j’ ai vraiment été servi! Lorsque les chemins deviennent des torrents à la saison des pluies, tout- y compris les ateliers- s’ arrête, puisque nous dépendons entièrement de l’ énergie solaire. Il m’ est arrivé de m’ ennuyer à cette période, mais j’ ai toujours trouvé
de quoi m’ occuper: de la plomberie, de la maintenance ou encore apprendre à tresser le raphia( ce que je n’ aurais jamais imaginé!).
CE RALENTISSEMENT IMPOSÉ M’ A D’ ABORD TROUBLÉ, PUIS APAISÉ. JE TROUVE CE RYTHME DE TRAVAIL REPOSANT ET J’ APPRÉCIE D’ ÊTRE MOINS STRESSÉ PAR LES DÉLAIS.
Ici, on a beaucoup plus de temps pour réfléchir, ce qui m’ a permis de penser à mon avenir ainsi qu’ à de nouveaux sujets. Mes débuts ont été difficiles; les salariés de l’ association me trouvaient trop « speed ». Ce ralentissement imposé m’ a d’ abord troublé, puis apaisé. Je trouve ce rythme de travail reposant et j’ apprécie d’ être moins stressé par les délais.
UN AUTRE RAPPORT AU TEMPS, À LA RICHESSE ET À L’ AUTONOMIE Nosy Komba est une région favorisée du pays grâce au tourisme. La population, très attachée à ses traditions, est très métissée, composée de nombreuses ethnies différentes.
Sans système de santé structuré, sans police, sans médecine moderne accessible partout, les Malgaches réussissent pourtant à se débrouiller. La majorité des habitants doivent construire eux-mêmes leur logement et savoir pêcher, cultiver ou élever des animaux. L’ autonomie est indispensable, tout comme la transmission d’ un savoir collectif. Même dans les villages les plus isolés, les habitants possèdent une connaissance très fine de leur environnement: la nature, la mer, la météo et bien plus encore... Leur connaissance du monde diffère de la nôtre en Occident; c’ est une forme d’ intelligence que nous avons en partie perdue.
Je suis admiratif du modèle qu’ Akiba est parvenu à mettre en place: nous réussissons à fabriquer nos maisons de nos propres mains- charpente et menuiserie comprises-, à produire notre nourriture, notre électricité, notre gaz, notre eau potable ainsi qu’ à gérer une école et un dispensaire. C’ est un savoir-faire que nous aimerions transmettre aux habitants.
En revanche, il faut beaucoup travailler pour très peu: le salaire moyen tourne autour de 40 € par mois. À Nosy Be, l’ accès à la propriété est difficile, alors beaucoup vivent dans de petites maisons en tôle ou en bois. Les prix des aliments sont assez similaires à ceux de la France, alors que les revenus sont très bas. Les habitants dans les campagnes doivent
# 358 / Mai- juin 2026