250410 - Journal #348 - VDEF web | Page 3

3 perspectives

FEMMES ET COMPAGNONNAGE: 21 ANS APRÈS, UN NOUVEL ÉLAN À DONNER

I l y a un peu plus de 20 ans, en 2004, les femmes faisaient leur entrée à l’ AOCDTF. Ce fut un tournant majeur, une décision qui marquait une évolution profonde et nécessaire. Aujourd’ hui, en 2025, nous devons regarder le chemin parcouru et surtout nous interroger sur l’ avenir. En effet, si les femmes ont pris leur place dans certains corps de métiers, elles restent encore trop peu nombreuses dans les fonctions à responsabilités au sein de notre organisation.

L’ inclusion des femmes n’ est qu’ un volet d’ un enjeu plus large: celui de l’ inclusion au sens général. L’ association travaille activement à ouvrir ses portes à des profils variés, à s’ adapter aux évolutions sociétales, à faire en sorte que chaque jeune qui pousse nos portes, quels que soient son histoire, son parcours ou son identité, puisse trouver sa place. Il y a encore du chemin à parcourir, des mentalités à faire évoluer et des habitudes à repenser, mais la volonté est bien là.
Je suis la première femme à être entrée au Conseil de l’ Association ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France. Pourtant, ce n’ était pas un objectif que je m’ étais fixé. C’ est Quercy, notre Premier conseiller, qui m’ a proposé cette place, animé par une conviction forte: affirmer la légitimité des femmes dans le compagnonnage et œuvrer pour une plus grande parité au sein de notre gouvernance... Mon arrivée au Conseil n’ est pas une exception, mais bien le reflet d’ une volonté politique d’ intégrer plus de femmes à l’ avenir. Et cette dynamique est essentielle.
Une intégration réussie, mais incomplète
Il est important de souligner que, politiquement et sur le terrain, les femmes sont aujourd’ hui pleinement acceptées au sein du compagnonnage. Pour ma part, j’ ai toujours eu l’ impression d’ évoluer dans un milieu favorable à la mixité pendant mon Tour de France et je me suis sentie toujours à ma place. Bien sûr, comme partout, il existe encore des comportements inadaptés, des remarques déplacées ou des réflexions d’ un autre temps, mais le compagnonnage, par essence, n’ est pas misogyne. Il repose sur la transmission, l’ exigence et la générosité, des valeurs qui transcendent le genre.
LES COMPAGNONS DU DEVOIR ONT ÉTÉ PRÉCURSEURS SUR CETTE QUESTION. EN 2004, DURANT LE MANDAT DU COMPAGNON GUISEMBERT, LES COMPAGNONS ONT FAIT LE CHOIX D’ OUVRIR LA VOIE AUX FEMMES
D’ ailleurs, il faut rappeler que les Compagnons du Devoir ont été précurseurs sur cette question. En 2004, durant le mandat du Compagnon Guisembert, les Compagnons ont fait le choix d’ ouvrir la voie aux femmes, alors que d’ autres mouvements compagnonniques peinent encore aujourd’ hui à franchir ce cap. Pourtant, si l’ intégration dans le parcours est une réussite, nous constatons qu’ elle est incomplète lorsqu’ il s’ agit d’ accéder aux fonctions de gouvernance.
À l’ heure actuelle, il n’ y a plus aucune femme au sein du Conseil d’ orientation, c’ est-à-dire parmi les provinciaux et les délégués de métier. La dernière en date, la Compagnon Mazzola-Rossi, déléguée des métiers de l’ aménagement et de la finition, a terminé sa gâche et n’ a pas été remplacée par une autre femme. Ce constat doit nous interpeller: pourquoi les femmes sont-elles si peu nombreuses à accéder à ces missions?
Est-ce dû à un manque de candidates? Avonsnous des difficultés à nous identifier à des figures féminines dans ces postes? Ce sont des questions que nous devons nous poser et auxquelles il nous faut apporter des réponses concrètes.
Pourtant, mon propre parcours démontre que ces fonctions sont accessibles aux femmes et qu’ elles peuvent s’ y épanouir pleinement. Outre cette première année au Conseil, j’ ai vécu un autre événement majeur: ma maternité. Un défi personnel, certes, mais qui n’ a jamais freiné mon engagement. J’ ai trouvé au sein du compagnonnage un soutien naturel et une bienveillance qui traduit l’ esprit collectif qui nous anime.
Un enjeu crucial pour l’ avenir
Pourquoi est-il si important de poursuivre nos efforts et d’ amener encore plus de femmes dans le compagnonnage? Il y a plusieurs raisons à cela.
D’ abord, la réalité démographique. Nous savons que nous allons faire face à une baisse importante du nombre de jeunes dans les années à venir. La transmission de nos savoirs et la pérennité de nos métiers dépendent de cette ouverture.
Ensuite, parce qu’ un bon équilibre ne pourra se construire sans une mixité réelle et assumée. L’ intégration des femmes ne doit pas être per-
# 348 / Février 2025