241211 - Journal #345 - BD | Page 8

8 compagnons [ partage ]
Gilles Brethoux , Landais l ’ Ami du Progrès , Compagnon mécanicien sédentaire au Canada
« Un Tour de France - ou plutôt un Tour du monde - , cela se construit au fil des rencontres et de nos objectifs .
Après une première expérience en Italie lors de mon Tour de France , ma volonté était de quitter l ’ Hexagone pour me sédentariser , sans savoir ce que signifie réellement immigrer . Je l ’ ai fait pour avoir l ’ opportunité de me construire sans le formatage de ma société d ’ origine . Ma terre d ’ accueil , le Canada , a répondu à mes attentes tant sur le plan professionnel qu ’ humain . Après deux années de transition , je suis devenu professeur en électromécanique ( du niveau BEP au BTS ) et , au fil des années , formateur en entreprise , à l ’ international ... Actuellement , j ’ accompagne des enseignants ( transmission oblige !). Être dans l ’ enseignement m ’ a permis de travailler sur moi-même pour mieux servir les apprenants .
Comme je le dis à mes étudiants , il faut respecter deux règles : travail = plaisir , mais aussi les “ 3 × 8 h ”, soit 8 h pour le travail , 8 h pour la famille et les amis et 8 h pour dormir . Je vis ailleurs , mais je reviens en France au moins un mois et demi par an pour aider mes parents ( devoir oblige !) ; c ’ est la raison pour laquelle j ’ ai choisi l ’ enseignement au lieu de continuer à temps plein au sein de ma propre entreprise .
Humainement , vivre à l ’ étranger implique de s ’ ouvrir au monde . J ’ ai rencontré ma femme au Canada et , nous qui sommes originaires de deux continents différents , l ’ Europe et l ’ Afrique , vivons sur un troisième , l ’ Amérique . Tout ce que l ’ homme ignore n ’ existe pas pour lui . L ’ univers de chacun se résume donc à la variété de ses connaissances et de ses rencontres . En tant que bénévole , j ’ ai le privilège d ’ accueillir des gens du monde entier voulant s ’ installer au Canada . La règle est de ne pas être dans le jugement , mais dans l ’ enrichissement mutuel pour grandir en sagesse .
Concernant le compagnonnage et la sédentarisation hors de la métropole , ne te demande pas ce que le compagnonnage peut faire pour toi , mais ce que tu peux faire pour le compagnonnage . Cette idée est à la base de mes réflexions . Itinérant sur le Tour , comme une éponge , on absorbe les connaissances et les richesses du compagnonnage en les vivant ; mais , une fois sédentaire , nous devons apporter des outils à la jeunesse . Peu importe où nous sommes , il est toujours possible de donner aux suivants . Mon engagement s ’ inscrit dans cette volonté , tant pour la chambre du monde des métiers des technologies associées ( MTA ) que pour la province du Canada .
La province a dû inventer un compagnonnage sans maison en 1993 , puis sans itinérant ( ceux-ci étant très peu à une époque ). Les Compagnons sont restés actifs sur place . Nous avons eu l ’ idée de lancer le compagnonnage pour le métier de boulanger auprès des Canadiens au Québec en faisant un “ Tour ” de celui-ci , tout en les faisant bénéficier de stages en France . Les Compagnons de tous métiers se sont soudés au service de cette jeunesse qui a vu trois jeunes être reçus sur cinq impliqués .
Ô COMPAGNON , OÙ QUE TU SOIS SUR CETTE MAGNIFIQUE PLANÈTE TERRE , TU ŒUVRES POUR TON ENTOURAGE , MAIS , SI TU LE PEUX , N ’ OUBLIE PAS LES ITINÉRANTS DU TOUR DU MONDE , ILS ONT PEUT-ÊTRE BESOIN DE TOI .
Aujourd ’ hui , beaucoup d ’ itinérants demandent le Canada . Nous essayons d ’ apporter notre pierre au compagnonnage , avec une dose de notre identité canadienne pour mieux les servir . Nous intervenons souvent dans les maisons sur la thématique du voyage et dans différents comités de notre association . Demain , les sédentaires installés au Canada voudraient faire découvrir à la jeunesse canadienne le compagnonnage , leur montrer ses bénéfices ( au travers d ’ expositions par exemple ) et leur proposer des formations , entre autres . L ’ Amérique offre à mes yeux la chance d ’ essayer des choses : que l ’ on réussisse ou pas , l ’ effort y est apprécié .
Avant l ’ épidémie de Covid-19 , nous ne savions pas exactement quoi apporter à notre corps de métier . À la suite de cet événement , la technologie de visioconférence a permis aux Compagnons vivant hors de la métropole de faire connaissance . Il nous est très facile maintenant de communiquer virtuellement , car nous avons vécu les mêmes choses à des moments différents . La grande richesse du compagnonnage est la confiance que nous éprouvons les uns envers les autres . Par la suite , nous avons commencé à faire des conférences sur notre métier pour des délégations régionales en France , sur le thème de “ Vivre ailleurs ”.
La communauté des Compagnons de l ’ international a appris à se connaître et à se projeter . Maintenant , tous les itinérants des MTA qui partent à l ’ international sont accompagnés tant sur le volet professionnel qu ’ humain . Notre volonté est de permettre à chacun de s ’ accomplir durant cette année hors frontières . Nous sommes sur la bonne voie , il ne s ’ agit pas de tomber dans la routine , mais toujours d ’ apporter de nouvelles richesses à la jeunesse ( parfois en répétant les mêmes conseils chaque année pour les anciens ) et , pour les sédentaires , de continuer à apprendre et rester en contact avec l ’ Association ouvrière . Notre communauté virtuelle continue à grandir avec la volonté d ’ aborder tous les sujets et d ’ aider les uns et les autres davantage .
Ô Compagnon , où que tu sois sur cette magnifique planète Terre , tu œuvres pour ton entourage , mais , si tu le peux , n ’ oublie pas les itinérants du Tour du monde , ils ont peut-être besoin de toi . J ’ ose espérer qu ’ un jour chaque itinérant qui débute son Tour aura un Compagnon correspondant hors de la métropole . »
Jules Vexlard , dit Vosgien , Aspirant mécanicien
« J ’ ai commencé mon Tour de France à Cholet , pour le poursuivre à Épernay où j ’ ai effectué mon passage Saint-Éloi .
# 345 / Novembre 2024