241030 - Journal #344 - BAT web | Page 7

Copyright Ilan Deutsch
[ excellence ] compagnons 7
Mon métier étant physique , avec de lourdes charges à porter , je m ’ étais imposé en semaine un programme sportif exigeant . Effectivement , dès le deuxième jour de la compétition nationale , j ’ avais souffert de grosses courbatures , moi qui n ’ étais à l ’ époque pas très sportif . L ’ un de mes entraîneurs m ’ avait alors signalé ce point faible . Pour y remédier , je faisais de la musculation en salle pour mon dos ainsi que mes bras et je courais le soir pour renforcer mes capacités cardiaques .
Lors des stages de préparation métier , je réalisais des maquettes déjà effectuées dans le cadre de la compétition mondiale . Au fil du temps , j ’ y arrivais de mieux en mieux et de plus en plus rapidement . Notre préparateur physique , Joël Abati , ancien champion du monde et olympique de handball , mettait l ’ accent sur l ’ aspect crucial de la précision et de la concentration pour atteindre le succès . Ainsi , j ’ ai appris à toujours anticiper le prochain geste à exécuter . Cette méta-compétence m ’ a appris que si le geste doit être parfait , il doit aussi être automatique . Il faut répéter mentalement au préalable les gestes que l ’ on va devoir effectuer . Cette visualisation cérébrale permet de projeter ses actions dans l ’ espace et de déterminer la meilleure manière de les réaliser .
J ’ ai eu la chance de partir en Chine pendant deux semaines pour m ’ entraîner aux côtés du compétiteur et de l ’ expert de ce pays . Chaque membre de l ’ équipe de France a eu cette même opportunité , mais dans des pays différents , grâce au financement du CCCA BTP . Je dois dire que le savoir-faire des Chinois m ’ a impressionné . Cela dit , mon concurrent avait 5 ans d ’ entraînement à temps plein derrière lui !
Tout au long de mes entraînements , je me suis senti bien dans mes baskets . Je n ’ ai jamais souffert de baisses de moral , contrairement à certains membres de l ’ équipe de France . J ’ adore mon métier , mais je crois que ce qui a vraiment fait la différence pour moi , c ’ est l ’ accompagnement que l ’ on m ’ a prodigué . J ’ ai habité chez Manceau pendant trois mois cet été pour préparer la finale internationale . J ’ ai développé des liens d ’ amitié très forts avec lui et il sera d ’ ailleurs mon parrain de Réception ! Durant la compétition internationale , nous avions même un rituel pour me motiver et me rassurer : nous nous séparions toujours sur une accolade complice ! Manceau a su créer un climat serein et joyeux pendant toute cette période de préparation .
Mon corps de métier dans son ensemble m ’ a beaucoup soutenu . J ’ étais conscient que tous comptaient sur moi , mais cette pression s ’ est toujours avérée positive , car je savais les anciens bienveillants . Les itinérants venaient souvent me rendre visite à l ’ atelier et certains sont d ’ ailleurs très motivés à l ’ idée de se lancer à leur tour dans le concours ! Ma famille s ’ est aussi montrée présente . Mon père était venu assister à la finale nationale et toute ma famille s ’ est déplacée pour la finale mondiale . Ils ne venaient m ’ encourager qu ’ à la toute fin de chaque épreuve , afin de ne pas me déconcentrer au départ . Ma mère était plus stressée que moi !
J ’ ADORE MON MÉTIER , MAIS JE CROIS QUE CE QUI A VRAIMENT FAIT LA DIFFÉRENCE POUR MOI , C ’ EST L ’ ACCOMPAGNEMENT QUE L ’ ON M ’ A PRODIGUÉ
La semaine précédant la compétition internationale , je me suis reposé . J ’ ai effectué mon changement de ville et ai pris le temps de faire la connaissance de tous les itinérants de la maison de Lyon . J ’ étais beaucoup moins tendu que je ne l ’ avais été avant la finale nationale , grâce aux acquis des stages de préparation physique et mentale organisés par WorldSkills France : le préparateur mental nous avait enseigné des techniques pour faire baisser la pression .
Dès le début des épreuves , j ’ ai remarqué que , grâce à l ’ adrénaline , j ’ avançais plus vite que lors des entraînements . En fait , je n ’ ai vu aucun des 300 000 visiteurs sur le site , tant j ’ étais totalement concentré . Manceau m ’ avait beaucoup fait travailler la mémorisation pour que je maîtrise tous les aspects du sujet , principalement
Fin des épreuves dans l ’ émotion pour Bordelais et son expert .
les cotes , sans avoir à y revenir . Il ne faut jamais revenir en arrière sur une étape réalisée , car cela ne mène qu ’ à une perte de temps et de précision . Il ne faut surtout pas ruminer sur quelque chose qu ’ on pense avoir raté , parce qu ’ on ne peut pas savoir sur quoi vont porter les corrections du jury .
Les deux premiers jours de compétition ont été consacrés à la préparation du placo et des ferrailles . Si cette étape de construction n ’ était pas terminée à temps , l ’ avancement de la maquette serait insuffisant , le temps restant pour les finitions - pose de moulures et de corniches - étant très réduit . D ’ ailleurs , aucun concurrent n ’ est parvenu à terminer les enduits . La difficulté des maquettes est telle qu ’ à chaque nouvelle édition de la compétition mondiale , elles ne sont jamais achevées . Le sujet de cette année m ’ a paru très compliqué . J ’ ai eu l ’ opportunité d ’ en discuter avec les candidats allemand et brésilien , qui avaient le même ressenti que moi .
Dans l ’ ensemble , rétrospectivement , je suis très content du déroulement des épreuves . Les candidats suisses , chinois et moi-même avions moins de deux points d ’ écart sur 800 ! Nous avons été surpris d ’ être trois à gagner une médaille d ’ or , mais nous étions surtout très heureux ! Quel soulagement après tant de mois d ’ investissement ! Et quelle joie de voir ma famille et Manceau heureux et si fiers ! Je suis empli de gratitude , car j ’ ai le sentiment que l ’ on m ’ a donné tous les moyens possibles pour obtenir cette victoire . J ’ ai encore du mal à réaliser que la compétition est désormais derrière moi . Je n ’ ai pas vu passer cette dernière année et la finale mondiale s ’ est déroulée dans une sorte d ’ irréalité , comme un rêve ... Ces moments ont été si forts que j ’ en suis déjà un peu nostalgique .
# 344 / Octobre 2024