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Évidemment , c ’ est un choix compliqué à assumer mais qui porte ses fruits à force de persévérance et de passion . Nous nous efforçons d ’ employer des matériaux locaux , comme le bois exotique type mahogany ou les roches volcaniques et calcaires transformées dans nos ateliers .
Les systèmes constructifs aux Antilles sont adaptés aux contraintes climatiques et sismiques . En effet , nos structures travaillent « à l ’ inverse » de celles de la métropole . Les couvertures sont en général bien plus légères , mais subissent les cyclones ; nous travaillons donc à l ’ arrachement , alors qu ’ en France métropolitaine nous travaillons à la compression . Tous nos assemblages et sections de bois sont par conséquent dimensionnés dans cet esprit . Étant également dans une zone sismique , il faut travailler sur la stabilité des structures . Pour résumer , toutes nos constructions sont assez techniques et spécifiques .
OUVERTURE , ADAPTATION ET ANTICIPATION ! Il faut au charpentier qui arrive de France métropolitaine une ouverture d ’ esprit pour s ’ adapter à ces contraintes . Il est évident qu ’ il faut apprendre les spécificités locales , avec les types de couverture , la conception des bâtiments , les essences de bois inconnues en métropole . Tout cela apporte un enrichissement énorme et un complément à notre formation de métropole . De nombreux assemblages métalliques sont obligatoires ; malgré tout , nous utilisons beaucoup les assemblages traditionnels de nos anciens , en complément des assembleurs métalliques souvent essentiels pour les reprises de l ’ arrachement . Il nous faut être en perpétuelle adaptation en fonction des contraintes imposées .
Avec le monument historique , il faut comprendre comment les anciens travaillaient sur ces îles , avec quels moyens et face à quelles difficultés . Nous retrouvons beaucoup de bois d ’ Amérique centrale de type pitchpin , car à l ’ époque il y avait une industrie du bois développée dans ces régions qui a profité aux Antilles . Voilà un exemple de diversité d ’ essence et des conceptions qui vont avec . Le bois exotique est très sensible en extérieur comme en intérieur , à cause du climat très humide d ’ une partie des îles et de la présence de termites voraces . Le climat , les champignons et les insectes y sont vraiment très agressifs . Il faut donc utiliser
Saint-Joseph 2019 en Guadeloupe en présence de Compagnons allemands .
ce bois avec beaucoup de précautions . Nous cherchons à développer l ’ emploi d ’ essences endémiques résistant naturellement à toutes ces agressions .
En termes organisationnels , nous avons de nombreux défis à surmonter au quotidien . Pour tous les matériaux , nous souffrons de l ’ insularité . De plus , étant dans un territoire appartenant à la France , les produits doivent répondre aux normes européennes . Enfin , alors que nous sommes beaucoup plus proches du continent américain , la majorité des importations provient de l ’ Europe ; il y a bien sûr des fournisseurs locaux qui prennent leurs marges , mais qui n ’ ont pas toujours les produits recherchés . Anticiper est donc toujours le mot d ’ ordre ! Dans la pratique de mon métier , l ’ un des points positifs indéniables aux Antilles est le climat ! Jamais froid et rarement chaud à étouffer . Nous n ’ avons pas de grosse canicule ; les températures varient entre 20 ° C l ’ hiver et 32 ° C l ’ été . Il faut néanmoins se protéger du soleil qui brûle , même si l ’ on a en permanence des alizés qui rendent la chaleur plus supportable en Guadeloupe et en Martinique ; les îles du nord , Saint-Martin et Saint-Barthélemy étant quant à elles beaucoup plus arides .
LE COMPAGNONNAGE EN GUADELOUPE Il y a ici une pénurie de charpentiers qualifiés , comme d ’ ailleurs dans tous les métiers . Malheureusement , les formations sur place sont médiocres , ce qui amène souvent les ouvriers à apprendre sur les chantiers et dans les entreprises sur le tard . Il y a donc de bons charpentiers de terrain , mais il leur manque bien évidemment les bases du métier , ce qui est un réel problème . Nous incitons des jeunes locaux à partir sur le Tour de France . Plusieurs se sont déjà lancés , mais avec la distance et le choc culturel , peu parviennent au bout . Dans ce sens , voilà des années que nous travaillons à l ’ implantation de l ’ AOCDTF pour créer des formations sur place : depuis 2 ou 3 ans , celles-ci commencent timidement , il y a donc de l ’ espoir !
Nous sommes environ une bonne cinquantaine de sédentaires aux Antilles . En Guadeloupe , nous sommes une vingtaine à nous voir régulièrement . Beaucoup de métiers sont représentés ; il y a des charpentiers , des menuisiers , des couvreurs , des maçons , des tailleurs de pierre et même un ferronnier ! Nous essayons de suivre les jeunes qui sont au nombre de 4 à 8 suivant les années et les métiers . Nous organisons des ministages pour tous les charpentiers et nous nous réunissons au siège tous les mois et demi pour faire le point avec les itinérants et partager un repas .
Depuis sa création en Martinique il y a plus de 10 ans , Coalys accueille des itinérants dans ses équipes . Pour ma part , en Guadeloupe nous en avons au moins deux chaque année depuis 7 ans . En 2020 , nous sommes fiers d ’ avoir fait venir quatre itinérants de plusieurs métiers : deux charpentiers , un maçon et un menuisier . Les collaborateurs des différentes entreprises ont l ’ habitude de voir arriver de jeunes « Compagnons » au sein de leurs équipes et sont accueillants . Nos équipes transpirent le compagnonnage , c ’ est une satisfaction et un bonheur pour nous .
# 304 / Février 2021